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" Le
Paradoxe naît de l'intervention dans le visible, de l'invisible. "
L'ambiguïté
qui va naître du paradoxe entre l'envers et l'endroit, le dessus et
le dessous, l'intérieur et l'extérieur, etc. permettra de rendre l'invisible,
visible, et pose la question du véritable sens, voire du lieu des choses. Ces interstices de vie entre lesquels nous pouvons nous tenir, ces instants que nous tentons de capter, que nous cherchons désespérément à prendre - et qui au contraire nous attrapent, nous saisissent eux-mêmes par surprise - sont comme un hoquet dans la respiration du temps, un moment pendant lequel il ne se passe rien et tout à la fois. Cette histoire se retrouve brisée à un endroit, comme un fil qui se casse, puis se répare pour pouvoir se continuer.
" Une
brise, et les ombres saniment sur le rideau. Cest de cet extrait quest inspiré le titre, tout autant que le concept de linstallation intitulée " ...en face de lenvers du monde ". Dans celle-ci, le spectateur se trouve plongé à lintérieur dun espace extérieur. En opérant un va-et-vient incessant entre lendroit de chacun des éléments - sur lesquels sont projetés des images - et leur envers - où limage projetée traverse lépaisseur du papier végétal, dévoilant ainsi sa structure première : la fibre - le spectateur est mis... en face de lenvers du monde, par une succession dinstants prélevés au temps. Les 7 modules sont placés dans lespace
de manière à ce que le regardeur puisse tourner autour, passer devant
puis se faufiler entre pour se retrouver derrière. Cest une promenade
au bord de leau que lon est invité à parcourir. Chacune
des diapositives projetées nous fait partager un instant précieux et
unique dun matin dhiver où la lumière, la brume et leau
se conjuguent pour nous transporter en un lieu magique. " Il
a fallu des siècles pour façonner la nature, et dans linstant
présent elle révèle une entité particulière "
La rencontre entre ces images, et les
supports qui les accueillent, produit une alchimie, un paradoxe qui
" atteste
le visible, mais en sy opposant, ou plutôt en linversant ;
littéralement, il constitue un contre-visible, une contre-vue, une contre-apparence,
qui propose en spectacle à voir le contraire de ce que la première vue
sattendait à voir "
Ce que nous découvrons, cest un lieu à un moment donné, mais cest aussi ce dont ce lieu est constitué, la nature. En effet, en passant à lenvers de la promenade la lumière produite par la projection des diapositives - en en traversant le support - nous révèle un secret, celui de sa matière, la fibre végétale. Le papier, prisonnier du rhodoïd, est réalisé en prêle, plante qui pousse aux abords de leau, en loccurrence dans ce lieu doù proviennent les photos. Cest donc un double témoignage que ce travail nous rend, une double sédimentation. Loeuvre de Pascal Convert " Appartement
de lartiste "
Les oeuvres de Pascal Convert se prêtent
à une forme dart mnémonique, notamment par lutilisation
de ces matériaux. En effet, il dit " jutilise
des matériaux qui rappellent le temps et la mémoire et qui permettent
par leur nature - la transparence et le reflet pour le verre - lapparition
dune image rémanente " " Appartement
de lartiste "
Cette oeuvre a pour effet de produire un jeu simultané de transparences et de reflets. Les variations de lextérieur se reflètent sur les parois recouvertes de marmorite qui, rappelons-le, représentent un intérieur. Ainsi, alors que " le
paradoxe pose un visible qui contredit le visible "
Son appartement ainsi retourné, lartiste
nous dévoile une partie de son intimité ; il " soumet
lespace de la vie quotidienne à une métaphorisation et une déréalisation
constante "
Mais voir lextérieur des formes,
cest aussi leur imaginer un intérieur, une présence invisible
que Pascal Convert nous laisse palper dans linfra-mince sensible
de la surface, en nous faisant circuler par osmose entre le dedans et
le dehors. " Ce
miroir glacé à la fois écran et gouffre ,
entraîne une indétermination entre intérieur et extérieur, et précipite
le regard dans leau calme et profonde, froide et nocturne, dun
étirement du temps "
Cette impossibilité de voir lintérieur
de linstallation provoque un questionnement et suscite un imaginaire
propre à chacun. Le privé nétant plus lintérieur de lappartement,
quest-il ? Il doit alors forcément se situer plus en profondeur,
au-delà du regard. Lartiste nous dévoile une intimité pour mieux
en cacher une autre, celle qui apparemment importe. Cet intérieur est
refuge à qui sait sy introduire, mais il ne peut être refuge quà
" condition
que leffet miroir soit annulé pour que, de lintérieur, on
puisse dominer lextérieur "
Ainsi, " la
scène ne saurait se donner à voir, se découvrir en tant que telle, et
comme scène de la représentation, que moyennant linversion des
positions traditionnellement dévolues au contenant
et au contenu : le contenant
(la scène) prend figure de contenu (de
sujet) du tableau "
B] Le visible renversé, l'invisible révélé Loeuvre sera telle perçue, vue de la même manière selon quelle sera donnée à voir dans un sens ou dans lautre, à lendroit ou à lenvers, suspendue au milieu de la pièce ou accrochée au mur ? Par un dispositif de mise
en espace ambigu du travail, il sera possible dinverser la vision,
le visible se trouvant ainsi renversé, et linvisible révélé. Les
éléments se retrouvant dans un sens indéfini (dessus-dessous
/ devant-derrière / endroit-envers / visible-invisible)
cela permettra de créer un jeu de va-et-vient entre deux espaces qui
vont sopposer et pourtant se compléter. Ainsi apparaît, le concept
de réversibilité, qui est présent de façon constante dans mon travail.
En remontant à " rebours " du mot réversible, on en arrive au mot revers dont la définition nous dit quil est le " côté d'une chose, opposé au côté principal ou à celui qui se présente d'abord ". Il peut aussi être " lenvers replié sur l'endroit ", ou encore " la réciproque ". Enfin, l'idée d'un passage
incessant, d'un va-et-vient entre le devant et le derrière, l'endroit
et l'envers... m'amène au mot diaphane, pour sa composition avec
le préfixe tiré du grec dia, qui signifie à travers, exprimant
soit une idée de pénétration et d'achèvement, soit de séparation et
de diversité. Ce qui est diaphane, par définition, est " ce
qui laisse passer les rayons lumineux, sans qu'on puisse voir au travers ",
cest ce qui est " d'une transparence
atténuée ". Mais que voit-on sur cette face qui nous
est proposée comme étant lendroit ? Ce que nous voyons est
en fait la face cachée dun texte Lenvers de ce texte nous apparaît comme une écriture étrange et inconnue dun langage que nous ne comprenons pas. A partir de là, il nous appartient de décoder cette écriture pour en percevoir les mystères. La réversibilité de ce texte va suspendre notre compréhension, ainsi que notre appréhension immédiate de loeuvre. Marcel Duchamp lui-même,
dans ses notes pour la " boîte verte ", nous fait
part de son projet dinsérer une " inscription illisible "
dans la voie lactée de " La mariée
mise à nue par ses célibataires, même " Cest donc le seul moyen quil
lui reste pour se faire entendre. Cependant, pour Jean Suquet qui
en a fait lanalyse, " lécriture
qui sillonne la voie lactée ne progresse que grâce à son effacement. "
Ainsi cest à nous, regardeur, que
revient la tâche de chercher à déceler la présence de cette écriture
puis à la comprendre et ce, grâce à la recherche dans le choix du
point de vue car " doù
nous sommes, nous ne voyons rien. Mais en aiguisant langle dattaque
de notre regard, jusquà ce quil courre parallèlement à
la transparence ? En sondant le Grand Verre de bas en haut selon
son épaisseur, [...] qui sait si le spectre de linscription
ne se réfracterait pas jusquà nous à travers la masse ? "
Afin de percer le
mystère de lécriture imaginaire qui nous fait face dans la pièce
" ... et vice-versa ", des miroirs disposés en arrière-fond, cest-à-dire sur le mur, vont nous permettre de la lire. Le texte va ainsi se révéler à nous dans un langage qui nous est familier. Mais là encore, nous ne pourrons en avoir quune appréhension fragmentée. La dizaine de miroirs ne recouvrant pas la totalité de larrière-fond, seuls des bribes de texte nous apparaissent petit à petit, nous permettant dentrapercevoir des parcelles de ce secret. Car il sagit bien dun secret à partager dont il faut mériter quil nous soit révélé. Cette vision fragmentée de lespace nous renvoie à ce que ce texte de Maurice Genevoix veut nous transmettre : des instants de vie saisis dans leur continuité temporelle ; des " je-ne-sais-quoi ", des " presque rien " comme les définit Vladimir Jankélévitch Chacun des modules carrés, recréant eux-mêmes un carré une fois tous assemblés, laisse le regard traverser en son milieu, grâce à une " fenêtre " qui y est aménagée. Celle-ci - constituée de tarlatane - permet par son tissage très espacé de voir les miroirs sur le mur et donc le texte qui sy reflète. Les bandes reliant chacun des modules aux autres sont aussi en tarlatane. Le regardeur se trouve ainsi dans lobligation de bouger, de passer dun carré à lautre, dun miroir à lautre, ou alors de se déplacer sur le côté, pour enfin parvenir à lire la totalité du texte disséminé en fragments. Il doit adopter une multitude de points de vue différents. A lintérieur des
" fenêtres ", on peut aussi distinguer des éléments
(papier, feuilles dor et dargent) qui sont collés sur les
deux faces de la toile de tarlatane. A travers les espaces du tissage,
on peut ainsi distinguer les éléments qui sont disposés à lenvers
de la toile ; et pourtant, ce nest pas leur endroit mais
bien leur envers, cest-à-dire la face cachée lors de leffectuation,
que nous apercevons en regardant lendroit du travail. Lambiguïté
ne fait ainsi quaccroître quant au véritable sens (direction comme
signification) des choses. Le regard effectue ainsi un va-et-vient constant
entre lendroit, lenvers reflété dans les miroirs, lenvers
de lendroit, aussi reflété dans les miroirs, et lenvers
de lenvers, visible sur lendroit. La tarlatane va agir ici
comme un retardateur dans la lecture du tableau, celle-ci se présentant
comme un voile devant la matière. Il y a donc un temps de latence qui
passe par un travail à effectuer par le spectateur. Le regard se trouve
obligé de traverser ce voile, d'aller au fond des choses, en profondeur,
pour atteindre le lieu de la vérité du travail, de sa substance, c'est-à-dire
l'envers. Grâce au va-et-vient constant
entre les deux faces de l'oeuvre, on ne peut finalement plus faire de
différence entre son devant et son derrière, et ceci par leur interpénétration
permettant de ne former qu'une seule et même harmonie, unité. Ainsi,
" les atomes de pigment remontent
d'un fond qui n'existe pas et traversent le treillis de tarlatane en
se rapprochant du spectateur : l'endroit est devenu un envers, ou l'envers
s'est intégré à l'endroit "
" La
durée est faite dinstants sans durée, comme la droite est faite
de points sans dimension "
Quand il y a un
trou, un vide, il se produit un appel dair qui est aussi un appel
dêtre
La fonction binoculaire de notre oeil nous permet de différencier le visible dans le vide. Notre regard est ainsi outil de perspective. Dans la Bible, on retrouve linterdiction de la représentation du divin. Linvisible doit donc nêtre ni montré ni vu, mais doit être représenté par le Vide. Le monde commence donc par une absence et un vide. Paradoxalement le mot vide lu en latin, nous donne la traduction du mot voit. Le vide serait donc ce qui se voit. Dans les oeuvres
de M.C. Escher comme " Le
Soleil et la lune "
" Lartiste
est le vrai matérialiste "
Dans la surface
de ce volume, des trous, des vides supplémentaires permettent au regard
de traverser " invisiblement le visible,
en sorte que celui-ci, sans subir aucun ajout réel, devienne dautant
plus visible "
Mais cette sculpture n'en est une que par le volume occupé dans l'espace. En effet, il n'y a pas d'épaisseur à proprement parler, ce qui est un plein d'espace d'un côté, devenant un vide de l'autre, et inversement. On pourrait en fait dire que c'est l'air lui-même qui sculpte, délimite l'espace pour nous donner à voir un objet, comme il nous donne à voir les mystères de lunivers. Dans ce travail, à lopposition du Vide et du Plein, viennent sajouter deux catégories opposées, la sculpture et le dessin, formant ainsi une catégorie hybride, résultat d'un croisement (du latin hibrida, subissant l'influence du mot grec ubris qui signifie transgresser l'ordre du monde). Le fil qui dessine
les mouvements (aussi suggérés par les ondulations du papier lui-même)
passe continuellement du devant au derrière en un trait en suspension,
étant ainsi tour à tour visible, et invisible. " Le
Vide a double effet : grâce à lui, la force du Trait pénètre le
papier jusquà le traverser ; grâce à lui aussi, tout sanime
à la surface du papier, étant mû par le Souffle. "
Pour les artistes du mouvement " Supports Surfaces ", la réalité est ce que lon voit. A partir de cette réalité première, leur travail débutera réellement : ce que lon voit implique toujours la face cachée de ce que lon ne voit pas. Ils chercheront ainsi des moyens dexprimer linvisible dans le visible. Matériaux transparents et mise en espace auront une importance primordiale. Quils soient
dessins ou objets, sculptures ou peintures, Daniel Dezeuze réalise ses
oeuvres aux limites de lébauche, délimitant des espaces qui se
cherchent et se devinent, donnant vie au manège incessant du vide et
de ses fausses limites. Pour lui, lespace doit être " disséminé,
voire dissolu "
Dans son oeuvre
" Echelle
de tarlatane "
Tout comme lécrivain
a le pouvoir de " donner un corps
à ce monde "
" Notre
regard accède à un monde - exerce son être-au-monde - parce que la perpective
a en propre de voir à travers le visible, donc selon linvisible "
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